Le chaufournier

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Le chaufournier

Message  Raimond Roger TRENCAVEL le Lun 2 Juin 2014 - 11:00

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Le chaufournier, un artisan du bâtiment

«L’art de chaufournier consiste à convertir en chaux, la pierre qui en est le plus naturellement conversible. Comme il faut que cette pierre ait été tiré d’une carrière, tout homme qui, pour son compte ou celui de son entreprise, a besoin de fabriquer beaucoup de chaux, doit savoir exploiter les carrières en même temps que les fours à chaux…».
Voilà la description du métier que faisait Fourcroit de Ramecourt, colonel d’infanterie, ingénieur en chef du Roi, associé libre de l’Académie Royale des Sciences et Arts dans son livre : "L’Art du chaufournier" en 1805.
Le chaufournier fabrique la chaux, un dur labeur qui passe par de rudes et multiples tâches. Il surveille le four à chaux et l’exploite. La plus part du temps, c’est aussi lui qui extrait la matière première et charrie les pierres jusqu’au four. Une fois amenées auprès du four, l’artisan les prépare : installé sur une aire de travail situé en amont du four, il concasse les plus gros blocs avec des masses ou des massettes, pour obtenir des fragments plus ou moins gros. Ensuite, il charge le four, pas seulement en pierres à calciner, mais aussi en bois qui sert de combustible. Ceci fait, il recouvre de terre les pierres, allume le feu dont la chaleur doit atteindre 950° et le surveille pour qu’il reste stable pendant une centaine d’heures. Les pierres laissent alors échapper du gaz carbonique, transformant le calcaire en chaux vive. Pour faire 1m³ de chaux dans un four de 60 à 75m³, le feu doit durer 100 à 150 heures. Lorsque la charge est cuite, il faut fermer la bouche d’alimentation avec des pierres ou des briques et laisser s’éteindre le feu. Une fois le four refroidi, en général 24h plus tard, le chaufournier décharge le four et procède au tri pour séparer la chaux des ratés de cuisson. La bonne chaux est mise en sac avant d’être enlevée par l’acheteur.


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Un four de -3 700 ans à Signes

À travers les âges, la chaux est employée dans toutes sortes d’ouvrages. Elle participe essentiellement à la solidité des structures de maçonneries, à l’enduit ou aux badigeons des murs, à la décoration intérieure par son rôle dans les fresques. Elle sert dans la tannerie, la savonnerie, la papèterie, l’agriculture, jusqu’à la mise au point du ciment au XIXème siècle.
Il est probable que l’homme de la Préhistoire ait découvert la chaux en maîtrisant le feu. Des indices archéologiques et historiques, relatés par Claude Mesnil, dans «Chaufournier en Provence» révèlent la présence des fours à chaux dans la région dès l’Antiquité et plus précisément dans le Var : la plus ancienne trace d’un four datée de -3 700 ans a été trouvée en 1948 à Fontbregoua près de Salernes. Ses écrits prouvent aussi qu’en 1180, l’évêque de Marseille ayant banni les chaufourniers de Méounes, Ils se sont installés dans les bois des chartreux de Montrieux et, qu’en 1285, l’évêque de Nîmes a laissé les moines de la Chartreuse bâtir des chaufours sur les terres d’Orvès à la Valette du Var. La forte demande de chaux pour les ouvrages des lignes de chemin de fer dans le seconde moitié du XIXème siècle voit l’émergence de nombreux chaufourniers dans la région, notamment à Peymeinade (Alpes-Maritimes) à Signes (Var).


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La chaux utilisée dans les tanneries de Grasse

Les fours de notre région sont souvent installés à mi-pente facilitant le chargement en pierres à calciner par la plate-forme supérieure et l’évacuation de la chaux par un chemin charretier en contrebas. Durant le Moyen-Âge, nombre de chaufourniers s’installent  dans des ruines gallo-romaines abandonnées dans les collines méditerranéennes. Il existe deux sortes de fours, les périodiques et les permanents. Dans le Var comme dans les Alpes-Maritimes, les randonneurs débusquent régulièrement des fours à chaux périodiques. Ceux découverts à Lorgues et à Saint-Ferréol, sont d’un diamètre beaucoup plus grand que les permanents allant jusqu’à 5m.
Quant aux fours permanents, plus visibles et souvent en meilleur état, ils sont situés au bord des routes car ils nécessitent des approvisionnements importants en pierres à calciner et en combustible. C’est le cas sur le site de Grangeneuve à Bairols (Alpes-Maritimes) où, au XIIIème siècle, des chaufourniers se sont installés dans une ancienne huilerie romaine pour fabriquer de la chaux servant à tanner les cuirs de Grasse. Le four de la Ripelle quant à lui a donné du mortier qui a servi à la construction de pratiquement toutes les maisons de campagnes autour de Toulon.
Les fours à combustible bois ont été interdits par le code forestier de 1827. La chaux a été fabriquée de façon artisanale jusqu’à la fin du XIXème siècle.

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Re: Le chaufournier

Message  Esclarmonde le Lun 2 Juin 2014 - 20:48

C'est un sujet très intéressant que nous pourrons traiter dans un prochain magazine.

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