Coutumes et Traditions - Le bourreau

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Coutumes et Traditions - Le bourreau

Message  Raimond Roger TRENCAVEL le Jeu 16 Aoû 2012 - 10:09

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Le bourreau


Les origines du métier de bourreau

L’origine du métier de bourreau reste assez floue. Bien qu’il soit présent depuis l’antiquité, les historiens s’accordent sur le fait que le véritable métier est né et a évolué avec l’acceptation par les hommes de la peine de mort.


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Saint-Saturnin et son bourreau - Manuscrit enluminé BnF


De par sa définition générale, le bourreau est «celui qui supplicie un criminel au nom de la justice», et n’a pas toujours été l’apanage d’un seul homme désigné comme tel. Du temps des Égyptiens, le bourreau était le médecin : le supplicié lui était livré et disséqué vivant pour l’apprentissage de l’anatomie. Chez les Hébreux, par le châtiment de lapidation, le bourreau devient assemblée collective.

Les animaux sont aussi des bourreaux, tels les lions chez les Romains lors des jeux du cirque. Le taureau, prenant part malgré lui au supplice de Saint-Saturnin, premier évêque de Toulouse vers 270, peut être considéré comme son bourreau. Du temps de Charlemagne, les bourreaux sont des soldats désignés d’office. Plus proche de nous, au Moyen Age, les premiers bûchers sont dressés et allumés par les villageois qui endossent donc cette charge.

La désignation d’une personne clairement définie comme bourreau apparaît au 13eme siècle. Saint Louis, en 1264 publie une ordonnance dans laquelle il ordonne que le coupable aura un bourreau du même sexe que lui. Cependant,  la première mention du terme «bourreau» "et de l’individu associé" se trouve dans un texte de la fin du 13ème siècle (1290-1294) où Michale Anric est dit «borreu» à Millau.

L’origine étymologique du bourreau n’est également pas établie et plusieurs théories s’affrontent. Le terme viendrait de bourrer, qui signifie tourmenter, ou bien de la profession de bourrelier (ces derniers étaient souvent sollicités pour remplir ce rôle). Il pourrait également venir du latin bourrea, poignée de verges de saule, premier instrument de répression des licteurs romains (mise en garde: le mot bourrea est inexistant dans plusieurs dictionnaires latins consultés, cette information est donc à prendre au conditionnel) ou encore d’un adjectif grec exprimant la qualification de carnassier. Sauval, dans les Antiquités de Paris, avance la théorie suivante : un clerc nommé Borel avait ordre de pendre tous les voleurs du canton, charge liée au fief de Bellencombre qu’il aurait obtenu en 1260. Il aurait laissé son nom à la profession.


Comment et qui devenait bourreau ?

Avec l’acceptation de la peine de mort par la population, la nécessité de recourir à une personne dédiée à l’exécution capitale devient de plus en plus pressante.

Le gouvernement en place a vite compris l’importance et la fascination que le pouvoir de «dire la mort» exerçait sur le peuple. Les exécutions sont rares mais grandioses, rendant le spectacle de la mort en un moment impressionnant pour le public.
Il n’était pas rare de voir, en guise de rebondissement, la peine de mort annulée avec des lettres de rémission (sous Charles X, 57% des peines de mort sont annulées par ce procédé), car «dire la vie» est également signe de pouvoir immense, à l’instar du Pouvoir Divin.

Au 16ème siècle, la peine de mort est entrée dans la vie quotidienne et les exécutions sont devenues beaucoup plus fréquentes. La main d’œuvre manque cruellement et trouver des bourreaux devient difficile. N’importe qui pouvait devenir bourreau en proposant ses services. Les premiers exécuteurs étaient occasionnels et exerçaient un autre métier, comme les tanneurs, bourreliers et équarrisseurs. Il arrivait que la justice recrutait elle-même ses bourreaux : elle imposait à un criminel de choisir entre sa sentence et la grâce en devenant lui-même bourreau. Certains acceptaient mais beaucoup refusaient, de part la répulsion que provoquait cette profession.

Le bourreau pouvait également être un condamné auquel on proposait un marché. A titre d’exemple, un nommé Dupré dit la Jeunesse, destiné aux galères, devient bourreau officiel de Bordeaux en échange de  sa libération. (Affaire jugée le 13 avril 1674).

Le bourreau est un officier de justice. Il achète donc son office et est nommé par des lettres de provisions, scellées par la chancellerie ou le seigneur. Ces lettres étaient jetées sous une table : le bourreau devait s’abaisser pour les ramasser (pour s’abaisser devant la Justice ? pour éviter tout contact physique avec lui ? Cela reste un mystère). Il bénéficie donc d’un statut officiel, surtout dans les grandes villes,  jusqu’en 1789.

Les bourreaux devenant de plus en plus nombreux et surtout isolés, des corporations se mettent en place. Chaque bourreau membre pouvait vendre son office ou de transmettre sa responsabilité à un héritier.


Le métier de bourreau

Dans les faits, les documents sur le recrutement, le statut ou l’apprentissage des bourreaux sont rares. L’apprentissage du métier était oral et se transmettait de génération en génération.

Le maître mot de l’apprentissage du métier de bourreau restait le spectacle. L’exécution du supplicié devait être extraordinaire pour «amuser» le public, la mise en scène était obligatoire. Le bourreau devait agir avec art et finesse.
Malheur à celui qui suppliciait mal ou qui n’amusait pas le peuple !

Sous l’Ancien Régime, après sa nomination, le bourreau reçoit ses «instruments» : hache, poids, corde, empaleur, brodequins, pilori… L’une de ses responsabilité est de les entretenir et d’en prendre soin.

Le terme de «bourreau» est peu apprécié par ailleurs. Un arrêt de 1787 le transforme en «Maître des hautes et basses œuvres» (Versailles, arrêt du 12 janvier 1787 qui défend de donner le nom de bourreaux aux exécuteurs de haute justice), mais cet arrêt ne fut jamais appliqué.

Le «bourreau», «Maître des hautes et basses œuvres», «exécuteur de la haute et basse-justice» a donc la charge de faire appliquer la sentence prononcée par la justice. Pour cela, il tient à la disposition du supplicié tout un arsenal de méthodes plus douloureuses les unes que les autres. De l’empalement, en passant par l’écartèlement, la pendaison ou le supplice de la roue, la mort reste cruelle, violente et extrêmement douloureuse jusqu’à la fin du 15ème siècle. Par la suite, le bourreau commence à étrangler discrètement ses victimes avant de lui asséner les coups les plus douloureux et mortels.

Avec l’invention de la guillotine, la mort devient universelle : les nobles comme les roturiers ont droit au même traitement et se trouvent égaux devant la mort. Elle est également plus rapide et moins douloureuse pour le supplicié.


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Une grille d'oubliette


Sans être le geôlier du condamné, le bourreau mène l’exécution du début à la fin, s’occupant également de la logistique y attenant : il dresse son échafaud, après avoir réglé les nombreux litiges avec le charpentier qui refusait la plupart du temps de travailler avec lui.

Une fois les problèmes résolus, il pouvait enfin appliquer la sentence au condamné, mais jamais le dimanche ni les jours fériés et jour de fête. Il arrivait également qu’une célibataire se déclare pour demander à épouser le condamné : celui-ci était alors gracié, mais cette rédemption restait exceptionnelle.
Une fois l’exécution faite, il nettoyait les lieux et transportait le corps au cimetière la nuit pour éviter le peuple qui le trouvait inhumain.


La vie quotidienne du bourreau

Le bourreau n’a pas un métier facile : de part son statut ambigu, sa proximité avec la douleur et la mort, il est très mal perçu par la population, tiraillé entre des sentiments de dégoût, de haine ou de fascination et d’adulation. Personne ne veut vivre à ses côtés et il habite généralement dans une maison propre à sa fonction, la plupart du temps sur la place où il officie (à Paris, le bourreau ne peut demeurer dans la ville à moins que ce ne soit dans la maison du Pilori (arrêt du Parlement de Paris du 31/08/1709).

Il a donc du mal à trouver une épouse, des témoins, des  parrains ou des marraines pour ses enfants. Avec l’apparition des corporations naissent les dynasties de bourreaux : on se marie entre familles du même corps de métier, les bourreaux trouvent des confrères pour se soutenir et sortir de la solitude. La famille la plus connue des bourreaux se nomme les Sanson, dont 7 générations d’exécuteurs se succédèrent pendant deux siècles.

Lorsqu’il n’officie pas sur l’échafaud, le bourreau effectue le plus souvent des travaux d’intérêts généraux : il nettoie les égouts, chasse les chiens et les cochons errant, joue le rôle équarrisseur ou exerce sa profession première.

* Le bourreau devait se différencier, sous peine d’emprisonnement, des autres personnes en portant des signes distinctifs : petit bâton à la ceinture, bout de tissu vif accroché à sa manche gauche… Ces signes variaient selon les régions et il pouvait les enlever pour aller communier, l’Église le considérant comme un chrétien à part entière. A ce titre, il a droit à la messe et à la sépulture.
* Lors des exécutions, il porte un habit rouge ou aux couleurs de la cité. Ces signes distinctifs disparaissent avec la Révolution, époque où il put s’habiller comme un bourgeois.
Le droit de havage

Le bourreau avait également du mal à se procurer de la nourriture ou des biens divers : les marchands refusaient de lui vendre des vivres. Le droit de havage fut donc mis en place, qui permettait au bourreau de se servir en pain, fruits, viande et autre vivres, mais sans les toucher : il s’aide d’une écuelle ou d’une grande cuillère.

Le pain qui lui était destiné était posé à l’envers ou marqué d’un signe distinctif, pour qu’il ne touche pas les autres et réciproquement. Les famines à répétition et la pauvreté quasi-permanente font de cette pratique un droit inégal pour le reste de la population, si bien qu’en 1775, le droit de havage est suspendu (Arrêt du conseil qui «suspend la perceptionet supprime les droits que les exécuteurs de haute-justice étaient dans l’usage de perçevoir, soit en nature, soit en argent, sur les laboureurs et autres personnes qui apportent des grands et farines dans les villes et marchés» – Versailles, le 3 juin 1775).


Quelques bourreaux célèbres

Capeluche : Au 15ème siècle, Capeluche est boucher devant le Châtelet. Il propose ses services au Roi qui accepte et le fait bourreau officiel de Paris. Homme cruel et extrêmement méchant, il se rendit célèbre par ses exécutions et surtout par ses excès. Jean sans Peur, duc de Bourgogne, las de son insolence et de sa cruauté, le fit décapiter en 1418 ou 1419.

La Famille Sanson :

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Les armes des Sanson

la plus célèbre des dynasties de bourreaux, dans laquelle se succédèrent pas moins de 7 générations d’exécuteur, de Charles Sanson de Longval au 17ème siècle à Henri-Clément Sanson en 1847.

Marcel Chevalier : le dernier bourreau de France. Ce métier s’éteignit avec l’abolition de la peine capitale, le 9 octobre 1981.


Et les femmes bourreaux ?

La question que l’on pourrait se poser est la suivante : y-a-t’il eu des femmes bourreaux ?

En effet, le métier de bourreau est à la base un métier d’homme : il nécessite de la force physique et une certaine force morale pour (arriver à faire son métier).

La réponse est oui : l’arrêt de Saint Louis qui ordonne que des femmes condamnées doivent être exécutées par des femmes (bourreaux de même sexe que le condamné) en est la preuve.

Pour l’anecdote, la seule trace d’une femme bourreau apparaît à Lyon en 1747. La servante d’un bourreau trouve étrange que ce dernier, célibataire, refuse ses avances. Celle-ci le dénonce à la police qui le jette en prison et lui ôte ses vêtements : la surprise est de taille car le bourreau se trouve être une femme ! Après s’être expliquée, elle avoua avoir eu du plaisir à regarder un bourreau exercer et voulut le devenir à son tour.

Sa sentence fut la prison a vie mais elle fut libérée rapidement car un laquais la demanda en mariage 10 mois plus tard.


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